Harmoniser vie de famille et travail

Reportage de Johanne Martin, journaliste

Il y a un an, Andrée-Anne St-Pierre décidait de prendre les rênes de la ferme familiale. La nouvelle appellation de l’entreprise, Ferme Ricolanne, rend d’ailleurs hommage aux deux femmes qui l’ont précédée, sa grand-mère Rita et sa mère Colombe. Reste maintenant à la jeune productrice à déployer sa vision, celle d’harmoniser vie de famille et travail.

Exploitation serricole et centre jardin, la Ferme Ricolanne, située à Lac-Etchemin, témoigne d’un amour de la terre qui s’est transmis de mère en fille. Depuis le 1er octobre 2023, Andrée-Anne St-Pierre a pris les commandes de l’entreprise dont elle représente fièrement la troisième génération. Y sont vendus, directement à la population, des plants de légumes, fleurs annuelles et vivaces. En été, on y trouve aussi un kiosque de produits frais et locaux.

« Deux possibilités s’offraient à moi, raconte l’entrepreneure. Soit je menais une carrière en agronomie puisque je suis agronome de formation, soit je démarrais ma propre entreprise pour opérer dans les bâtiments que mes parents possédaient. J’ai choisi la deuxième option et mon conjoint, Maxime Parent, a embarqué dans l’aventure avec moi. Je suis actionnaire à 80 %, et lui, à 20 %. Le nom a changé et je suis en train de donner ma couleur à la ferme. »

Ricolanne, insiste-t-elle, vient mettre en valeur l’engagement de femmes en agriculture. La productrice rappelle que dans ce secteur, la relève est habituellement masculine. Dans sa famille, ce sont les femmes qui ont été les bougies d’allumage et le moteur de l’entreprise. La grand-mère d’Andrée-Anne avait étudié dans le domaine, permettant à son grand-père de se lancer. Par la suite, c’est sa mère qui a eu envie de reprendre, puis son père l’a suivie.

À l’origine, il y a une soixantaine d’années, les grands-parents maternels de la jeune femme se sont orientés vers l’horticulture ornementale. Des arbres étaient alors cultivés dans une petite pépinière, pour ensuite être replantés chez les clients. En reprenant le flambeau, ses parents ont, de leur côté, plutôt axé la production sur les plants de légumes. C’est ainsi que quelque 60 variétés de tomates ont pu être proposées à la population locale au fil du temps.

Changer de rythme de vie

« J’ai aujourd’hui quatre enfants âgés de trois à neuf ans et c’est lorsque j’ai été enceinte de ma deuxième que la prise de conscience s’est effectuée. À ce moment, j’amorçais ma carrière ; je travaillais à l’extérieur et faisais entre autres des suivis de champs. C’est là que j’ai compris que je ne pouvais pas avoir une grosse famille et conserver ce rythme-là. L’été, mes heures de travail étaient très longues et mon conjoint faisait la même chose que moi. »

Si le couple ne se voyait que très peu, Andrée-Anne rêvait de ralentir afin de mieux arrimer sa vie familiale et professionnelle. « Je n’avais pas le goût de courir dans tous les sens pour essayer de tout concilier. Au début, quand j’ai repris la ferme, j’avais gardé le même horaire que mes parents. Avant les Fêtes, je me suis assise avec eux et je leur ai dit que je voulais aller chercher une subvention à la MRC pour avoir un kiosque en libre-service », note-t-elle.

Maintenant que la nouvelle formule du kiosque est en place, la copropriétaire de la Ferme Ricolanne constate qu’elle dispose de plus de temps à la maison. Sa vision s’installe et elle s’approche graduellement de son objectif d’une meilleure harmonisation entre la famille et le travail. Parmi les défis qu’elle tente présentement de relever, il y a celui d’être en mesure de garder les enfants à ses côtés pendant la période estivale, lorsqu’ils ne sont plus à l’école.

« D’habitude, on fait toujours le grand ménage de nos serres au mois de septembre, quand il fait un peu moins chaud. Cette année, j’ai décidé de le faire en août parce que j’avais les enfants, illustre la productrice serricole. J’ai donc nettoyé toutes les serres et elles se sont transformées en immense salle de jeux pour eux. J’ai pu allier les deux parce que les jeunes étaient obligés de me suivre. Ça a exigé des efforts, mais on devient créatif à travers ça ! »

D’autres défis, un prix et des engagements

En ce qui a trait aux autres défis, Andrée-Anne St-Pierre soulève la difficulté, comme relève, de mener de front plusieurs projets. Elle se demande souvent par où commencer, car non seulement doit-elle se projeter dans l’avenir, mais il lui faut aussi assumer toutes les tâches du quotidien : comptabilité, vente, gestion des employés, etc.
Si l’entrepreneure se montre débrouillarde et confi ante, elle admet manquer de temps pour réaliser certaines démarches.

Récemment, ses efforts ont toutefois été reconnus. La jeune femme et son conjoint ont été fi nalistes à l’occasion du dernier Défi OSEntreprendre dans Chaudière-Appalaches. « Nous nous sommes démarqués par notre sens de l’innovation pour le kiosque libre-service. Peu importe l’heure jusqu’à 21 h, la population a la possibilité de se présenter sur les lieux et a accès à un large éventail de produits frais et variés selon les saisons », précise l’agronome. Offerts en quantités limitées, les fruits et légumes proviennent de la Ferme Ricolanne, mais également d’autres producteurs — actuellement, les pommes sont en vedette ! Sur les étals, on retrouve en outre de la viande et du fromage issus d’exploitations de Lac-Etchemin et de la farine du village voisin. Des épices, des sauces et de la confiture, par exemple, comptent aussi au nombre des produits locaux qui garnissent les tablettes et qui sont mis à l’honneur.

« Pour moi, c’est super important qu’il en soit ainsi ! J’avance donc dans ma vision malgré l’ampleur du projet, un conjoint qui travaille à l’extérieur — mais qui participe quand il est là — et une famille assez nombreuse. Il faut cependant que je fasse attention pour ne pas me brûler, car j’ai, aussi, des implications dans le syndicat local et la relève agricole. Ma priorité maintenant, c’est de faire croître mon entreprise et de continuer à la mettre à mon image ! ».

Ce texte a été publié dans le bulletin Femmes de tête, Femmes de terre, Volume 2, Numéro 2, Décembre 2024.

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